27 février 2009
Shikakai mon amour !
Ca doit faire un an que j'ai acheté mon premier paquet de Shikakai...
Cékoidonc? Le Shikakai est l'écorce réduite en poudre de l'Acacia concinna, qui pousse en Inde, et dont les femmes Indiennes, réputées mondialement pour leurs fabuleuses chevelures, utilisent pour entretenir et soigner leurs précieux atours.
Pour une information détaillée sur les merveilles trouvées parmi les plantes ayurvédiques pour avoir des cheveux aussi beaux que les Indiennes, je vous conseille d'aller visiter cette page.
Découvert grâce à l'article très drôle de Holly, recroisé chez Réo et Femme Nature, j'ai voulu en ai faire un shampoing liquide, sans potasse ni tensio-actifs, uniquement avec des poudres ayurvédiques... Je me suis à la base inspirée des recettes d'Azanel et de Brindille (oui ! je vous dit c'était il y a très très longtemps ! ;D ) que j'ai retravaillées de recette en recette depuis un an jusqu'à parvenir à ceci...
Pour un flacon de 250 mL.
178 g d'eau
0,7 g de gomme xanthane
36 g de Shikakai en poudre
18 g d'Aritha en poudre ( = poudre de noix de lavage)
7 g de Brahmi en poudre (aussi connu sous le nom de... Centella asiatica !)
3,5 g de Neem en poudre
1,8 g d'huile d'avocat
1,8 g d'huile d'argan
3,5 g de miel liquide
0,6 g d'extrait de pépin de pamplemousse
0,6 g de Geoguard 221
Mode opératoire
Faire chauffer l'eau au bain-marie, puis quand elle est un peu chaude (je dirais autour de 40 - 50°C), la verser dans un large saladier et y verser la gomme xanthane ; touiller énergétiquement, puis laisser reposer (je suis persuadée que la formation d'un gel a besoin de quelques minutes pour prendre, le temps que chaque grain "se mouille" bien).
Pendant ce temps peser vos poudres. Attention ! Ces poudres sont très fines, donc très pulvérulentes et font tousser/éternuer... Donc pour éviter d'éternuer dans la soupe, vous pouvez utiliser un masque, travailler sous la hotte ou en face de la fenêtre ouverte, mais faites attention...
Une fois que vos poudres sont pesées, retouiller votre gel, qui doit être lisse et léger, bien beau, et tiède. Ajoutez les huiles, le miel, les conservateurs et touillez jusqu'à obtenir un liquide homogène.
Ma super-technique pour réaliser la texture "parfaite" (attention ça décoiffe ! c'est de la haute technicité !) : de la main droite (je suis droitère) je manie le fouet au centre du saladier. Puis de ma main gauche je mets régulièrement une cuillerée à soupe de poudres sur la périphérie de mon saladier. Ca ressemble à la technique "de la fontaine" que ma Môman m'a enseignée quand elle m'a appris à faire de la pâtisserie... Le but est d'intégrer la poudre très progressivement, formant le moins de grumeaux possible.
Je verse en flacon à l'aide d'un entonnoir et d'une louche.
Trucs et commentaires
Je voudrais attirer votre attention sur le point le plus sensible de ce shampoing : la conservation et le risque élevé de contamination. Donc je ne peux que vous conseiller de bien bien soigner la désinfection de votre matériel et de vos contenants, ne surtout pas oublier le conservateur, et trouver des flacons de taille adaptée de manière à les remplir jusqu'en haut... Cette recette doit plaire aux moisissures aérobie, car quand il y a une certaine proportion d'air dans le flacon à l'embouteillage, il moisit en une semaine chrono... Alors qu'une bouteille de la même "batch" qui est remplie jusqu'à 1 cm du bord tient facilement plusieurs mois (même lorsqu'elle se vide progressivement... se remplissant d'air par conséquent...) curieux, non?
L'autre danger de conservation est le risque de fermentation... aucune erreur de diagnostic possible : ça se reconnaît à l'odeur ! Pour autant que j'aie essayé, ça lave quand même, ça n'abime pas les cheveux, ça ne pose pas de problème particulier... autre que l'odeur désagréable...
Parlons de l'odeur justement... le Shikakai ("sain") a une odeur très forte, qui m'évoque la terre mouillée, mais plus épicée, plus corsée... J'aime bien l'odeur en fait ! Mais progressivement (et notamment par rapport à la version du Swap Soleil de l'an dernier) j'ai mis moins de Shikakai, ajouté de l'Aritha (à l'odeur plus neutre), dilué davantage... ce qui fait que ma version actuelle ne sent quasi-rien...
Donc j'obtiens une pâte liquide, marron, qui sent légèrement le Shikakai. Cela vous semblera évident en lisant la recette, il y a de la poudre dedans ! ;) Donc il faut bien soigner le rinçage, pour éliminer les derniers petits grains. Personnellement je "masse" mon cuir chevelu avec le jet d'eau de la pomme de douche à quelques centimètre, en frottant avec l'autre main, pour soulever la masse de cheveux et dégager les petits grains. Je trouve cette recette (plus liquide et diluée que des versions précédentes) assez facile à rincer... Je retrouve certes quatre ou cinq grains sur ma brosse après m'être lavé les cheveux, mais c'est tout...
Venons-en aux vertus de ce shampoing dont la maîtrise m'a pris près d'un an... Car oui ! Si j'ai intitulé ce post "Shikakai mon amour" c'est qu'il y a une raison ! Si j'ai peaufiné cette recette pendant un an, c'est que ça en valait la peine !
Tout d'abord, le Shikakai nettoie tout en douceur le cuir chevelu (tellement doucement que je l'aide avec l'Aritha, sinon il ne parviendrait pas à nettoyer les cheveux gras). D'après des témoignages de personnes ayant des cheveux "normaux à gras" le cuir chevelu regresse moins vite après, permettant d'espacer les shampoings.
Mais surtout le Shikakai est un véritable soin des cheveux ! Il leur donne légèreté et volume. Pour les cheveux courts, il fait un effet brushing naturel, apportant un joli gonflant. Il protège les cheveux fins de l'électricité statique. Pour mes cheveux longs et bouclés, il limite l'effet "Jackson Five" : les boucles sont bien dessinées, mais ont un joli tombé plutôt que de gonfler. Sincèrement, c'est génial, et ça peut être adapté à beaucoup de monde aux cheveux très différents...
Enfin (merci pour le rappel Miliebio ! ;D ) cette formule aide à fortifier et assainir le cuir chevelu, ce qui ralentirait la chute de cheveux et les cheveux blancs...
La seule contre-indication qui m'ait été rapportée est pour les personnes qui ont beaucoup beaucoup de cheveux blancs. A la longue, le Shikakai pourrait faire les faire jaunir. Cela ne semble pas être le cas quand on alterne un shampoing au Shikakai et un shampoing plus classique.
Enfin, vous pouvez faire varier la quantité d'huile. Cette recette est calibrée pour les cheveux normaux. Si vous avez les cheveux très gras vous pouvez réduire (ou supprimer? je ne sais pas... pas de cobaye à portée ! ;D ) la quantité d'huile. Pour mes cheveux secs, je peux jusqu'à quadrupler la quantité indiquée sans problème... Mais j'ai arrêté de le faire, car avec plus d'huile, j'avais les cheveux naturellement "parfaits" et j'ai donc arrêté de nourrir mes longueurs... résultat, mes pointes se sont abimées beaucoup plus vite... Je reviens donc à ce shampoing "pour tout le monde" et j'applique une noisette de monoï en soin après-shampoing sur les longueurs et les pointes, une fois par semaine.
23 février 2009
Liens : où trouver quoi?
Comme vous l'aurez sûrement remarqué, il y a plein de supers recettes et de supers conseils éparpillés sur la blogosphère... Eh oui ! Pour ne louper aucune perle, il faudrait éplucher chaque blog... Mais il y a aussi de très nombreux blogs... alors voici un petit guide, à l'attention des grandes débutantes (qui ne connaissent pas ces blogs) pour aller fouiller sur tel ou tel blog en fonction de ce que vous cherchez...
Tout d'abord, je vous recommande d'être inscrite sur un forum. J'en ai listé trois (colonne de droite, presque tout en bas), mais j'en fréquente aujourd'hui un seul : les Céphées natur'elles. Tout jeune forum, déjà bien étoffé, qui se caractérise par une ambiance très amicale. On y trouve des tableaux, des tutos mais aussi plein de fils de discussion très intéressants... C'est idéal pour découvrir l'expérience des autres, y réagir, poser nos propres questions...
Pour ce qui est des blogs, je vais faire deux grandes catégories.
La Cosmétique
Pour des trucs très techniques, avec explications scientifiques, épluchages d'INCI et autres joyeusetés pointues, une seule adresse : chez Blue.
Pour des recettes de folie, qui vous feront rêver, allez voir La Princesse, Malegria et Michèle sur Potions et Chaudrons. J'en profite pour dire deux mots sur Potions et Chaudrons. C'est un blog collectif, donc d'un billet à l'autre, l'auteur peut être différent, ce qui fait de délicieux changements de style et une richesse vraiment sympa.
Pour des recettes pour pour peaux mixtes à grasses, ce qui mine de rien n'est pas si courant que ça sur la blogosphère, deux grandes références : Azanel et Réo.
Pour tout ce qui a trait au maquillage : Cosméto et Réo.
Pour des idées super girly (je vous les mets par ordre alphabétique) : Blandine, La petite clochette, Miss Lollipop, Sakura cosmétiques et Réo.
Enfin, pour une compilation de recettes classées par thème, ambitieuse et très utile, voir Le Fil Vert, plus ancien et plus sélectif, ou La Grande Tambouille, plus à jour et plus large d'horizon.
Les Savons
Plein de tutos et de magnifiques savons : Ka Fée.
Des aventures trépidentes : Nin-8.
Des expérimentations incroyables : Pots.
Plein de recettes extraordinaires sur les blogs collectifs de Potions et Chaudrons encore une fois, et sur celui des Céphées.
De très bonnes explications sur la saponification, encore une fois : Blue.
Voilà ! Si vous avez d'autres bonnes adresses, n'hésitez pas à les référencer ici, je pourrais essayer d'éditer régulièrement ce post...
Des Bisous les filles !
08 février 2009
Contre les taches brunes : comment feriez-vous?
Coucou les filles !
Alors je voudrais adresser une double dédicace à Athena et à Ludisia. La première pour m'avoir inspiré ce jeu, via les Céphées et la seconde pour m'avoir inspiré le thème.
Donc le but du jeu, c'est de comparer comment chacune de nous conceptualisons une solution cosmétique. Donc je vais vous proposer une "problématique de base". Vous pourrez poser des questions pour avoir des éclaircissements. Puis, chacune pourra m'envoyer personnellement (par mail ou par "me contacter") une solution, avec recette(s) et protocole(s) - notez le jeu de singuliers et pluriels : c'est une solution unique, mais qui peut comporter un ou plusieurs produits différents. Il n'y aucune limite dans ces créations, autre que le délai : le 1er mars 2009.
Le lundi 2 mars 2009, je posterai chaque participation (y compris la mienne), et tenterai de faire une synthèse comparative.
Je tirerai une participation au sort et la gagnante recevra un petit cadeau made-by-myself.
Le but du jeu n'est pas de déterminer quelle solution est la meilleure (ce qui me semble objectivement assez difficile) mais d'observer les différences, voir quelles sont les ressemblances, ce genre de choses...
Voici la "problématique de base".
Maritza est âgée de 60 ans et vit dans un pays chaud, très ensoleillé. Elle porte quelques signes de l'âge, notamment rides, taches brunes et relâchement cutané. Sa peau est mixte, mais devient sensiblement plus sèche avec le passage des ans.
Elle n'a pas d'allergies, sort plusieurs fois par jour, même si elle ne s'expose pas des heures durant au soleil. Elle fait sa toilette le matin.
Alors ça vous dit?
PS : si vous avez une idée pour pimenter / améliorer ce jeu, je suis preneuse !
edit du 16 février : Suite aux questions de la gentille Pam, voici quelques données supplémentaires.
Maritza a la peau naturellement mate. Ses taches se situent essentiellement sur le visage et sur les mains, mais dans un premier temps, c'est sur son visage qu'elle veut se concentrer.
02 février 2009
Le Savon de l'elfe (mon premier savon)
Bonjour les filles !
Alors ça y est, je peux le crier au grand jour : je fais des savons ! je fais des savons !
... et j'en suis ravie...
Donc voici l'histoire de mon tout premier savon. Un couple d'amis, dont la femme était enceinte, m'a demandé si j'accepterais d'être la marraine du petit être à venir. Après avoir moultement débattu avec ma conscience (et redemandé à mes amis ce qu'ils attendent d'une marraine) j'ai accepté. Je me suis donc préparée tout doucement à faire un panier naissance...
Je commence donc à faire des recherches pour un gel lavant, je vais voir les tensioactifs d'AZ et le plus doux qu'ils proposent est la "Base Consistance" "idéal pour les peaux sensibles et les bébés" dont le pH peut aller de 11,5 à 12,5 ! (Depuis ils ont ajouté qu'il faut ajouter de l'acide citrique pour équilibrer le pH... mais les recettes d'il y a quelques mois n'en contenaient pas).
NB pour celles qui ne sont pas familiarisées avec le pH : En phase aqueuse, le pH peut aller de 1 à 14 ; 1 étant un acide pur, et 14 une base pure. 12 est donc extrêmement basique... De plus pour faire baisser (ou augmenter dans les cas d'un acide) le pH de 1, il faut diluer 10 fois... donc les recettes préconisant 30 % de ce truc, le pH reste supérieur à 11, ce qui est beaucoup trop pour les peaux sensibles...
Effrayée, je me tourne donc vers les Céphées, qui me répondent quasi-unanimement : il n'y a rien de plus doux qu'un savon surgras fait maison. A cet instant, il n'y a plus de doute possible : il faut que je fasse du savon, et vite ! parce qu'en comptant 4 semaine de cure et vu le bidon de mon amie, il y a véritablement urgence... Mais pas de panique ! il y a des gens vraiment merveilleux sur les Céphées, dont Hind, qui m'a offert dans la demi-journée sa recette de savon pour nouveaux-nés... La voici, très légèrement modifiée :
150 g d'huile de coco
100 g de beurre de karité (dont 20g que j'escompte pour ne les ajouter qu'à la trace)
100 g d'huile de palme
75 g d'huile de sésame
75 g de macérât de calendula sur huile de tournesol (dont 20g que j'escompte pour ne les ajouter qu'à la trace)
120 g d'infusion de mélisse corsée
soude à recalculer avec un escompte de 10%.
Comme c'est mon premier savon, je vais tout bien expliquer.
Tout d'abord, il faut réfléchir à son équipement. En effet, la soude fait de très jolis savons, mais elle peut également faire de très jolies brûlures. Donc il ne faut jamais jamais jamais que la peau soit mise en contact avec la solution de soude (si cela devait arriver, se jeter immédiatement sous un robinet d'eau froide et y rester jusqu'à ce que la sensation de brûlure disparaisse).
Petit détail : la soude est "active" en présence d'eau. Donc si jamais un grain de soude vous tombait dessus, l'essuyer tranquillement avec un mouchoir ou un sopalin (que vous aurez sous la main). Ne pas allez le laver directement, vous risqueriez de vous brûler... donc d'abord vous l'enlevez à sec, puis vous allez vous laver à grande eau.
Donc l'équipement. Je vous conseille, pour l'info et pour le fun, d'aller voir absolument le formidable tuto de KaFée à ce sujet (vous pourrez en profiter pour fouiller son blog de fond en comble, parce qu'il a vraiment tout pour lui... Il est beau, les photos sont magnifiques, KaFée explique des tonnes de trucs, donne des tonnes d'idées, et en plus elle est très sympa...)
Je pense que là il y a choix vraiment responsable à faire : comment vous vous équipez. Je sais que certaines font ça en débardeur-short-tongs (bisous tous particuliers à Hind !) mais si des débutantes me lisent, je tiens à vous mettre en garde et à préciser que c'est un choix qui comporte des risques... on n'est pas toujours à l'abri d'une éclaboussure...
Personnellement, j'ai opté pour des lunettes (il y en a des super-transparentes, bien ergonomiques et que l'on oublie tellement elles ne gênent pas, chez AZ) et des gants. Pas de blouse, pas de chemise manches longues (parce que sinon mes manches ont tendance à tremper partout, ça m'énerve...).
Autre détail : la soude corrode les métaux oxydables : fer, zinc, aluminium, etc... (ce qui inclut le téfal).
Il faut donc choisir du matériel en verre, en plastique, en inox, en silicone ou à la rigueur en bois (mais celui-ci risque de s'abimer).
Une fois ce problème réglé, on peut passer au savon lui-même. Pour commencer, il faut se familiariser avec les calculateurs, comme TheSage ou Soapcalc, qui vont calculer ( ! ) les quantités d'eau et de soude nécessaires à votre savon, en fonction du choix et de la quantité des huiles.
Personnellementj'aime bien Soapcalc, car il donne un tableau des
différentes propriétés qu'aura le savon, huile par huile, puis pour le
mélange choisi.
Par contre, pour utiliser Soapcalc, il faut juste savoir que la
solution doit représenter entre 25 et 35% de la masse des huiles. Avec
25% on aura un savon plus dur, mais plus basique, avec 35% on aura un
savon plus mou (qui devra "curer" plus longtemps), mais qui sera plus
doux. Utiliser le maximum de solution possible est recommandé pour les
marbrages, mais on verra ça plus tard... Pour commencer, un pourcentage
intermédiaire (30%) est idéal.
Attention ! cette quantité de solution doit représenter la totalité
de la "phase aqueuse" du savon ! C'est à dire que si vous voulez
ajouter à la trace du lait, une purée de fruits ou tout autre chose
contenant de l'eau, il faut l'escompter à la quantité de liquide que
vous utilisez pour dissoudre la soude...
Exemple simple : une préparation de savon avec 1 kg d'huiles. On choisit 30% de solution, soit 300g d'eau.
Je veux ajouter 100 g de lait à la trace, je les escompte donc à mon
liquide de dissolution. 300 - 100 = 200. Je dissous donc ma soude dans
200 mL d'eau seulement.
Re-attention ! En ce qui concerne l'eau, on a le droit de dire 1g =
1 mL, d'avoir la flemme de peser, et d'utiliser une éprouvette. Mais tous les autres liquides, et particulièrement les huiles, doivent
être obligatoirement pesés !!! C'est très important pour que la recette soit respectée et s'assurer que le savon soit équilibré !
Autant il est possible de travailler en volumes d'huiles quand on fait
des crèmes, autant on doit impérativement travailler en masses quand on
fait des savons .
Bon, c'est maintenant que les choses sérieuses commencent. On va donc démarrer en pesant notre eau, puis notre soude. On verse alors la soude dans l'eau toujours dans cet ordre-là et jamais à l'envers ! Comme ça, si jamais, il y avait une éclaboussure, le liquide serait plus dilué et moins nocif. Je trouve que l'erlenmeyer est top pour ça : je verse mon eau dans mon erlenmeyer, puis ma soude, je l'attrape par le bec et je remue (ou alors je touille avec une baguette en porcelaine). Il n'y a presque aucune chance de recevoir une éclaboussure et la surface de diffusion étant minime, il y a très peu de vapeurs de soude dégagées.
Si vous versez un peu doucement, ou que vous attendez un peu avant de remuer, il est possible qu'une "galette" se solidifie dans le fond de votre solution... Ce n'est pas grave, vous pouvez la casser avec la baguette, ou attendre qu'elle se dissolve toute seule.
Vous remarquerez aussi que cette solution toute simple de deux ingrédients à température ambiante chauffe très fort (elle avoisine les 90°C ) donc vous pouvez prévoir un petit dessous de plat pour poser votre solution. Puis vous la mettez dans un coin où elle ne risquera pas d'être renversée, et elle pourra refroidir tout doucement... Si vous, ou un membre de votre maisonnée, êtes sensibles aux vapeurs de soude, vous pouvez la placer sous la fenêtre entrouverte.
Ensuite on pèse les beurres et les huiles solides (karité, palme et coco en ce qui me concerne) et on les réchauffe doucement au bain-marie. Une fois fondus, on ajoute les huiles fluides et on mélange pour bien homogénéiser et on laisse également reposer pour qu'ils refroidissent...
Si un expert en thermodynamique passe par là, il pourra peut-être m'expliquer pourquoi des huiles fondant à basse température (25°C pour la coco, 40°C pour le karité) mettent des heures et des heures avant de refiger à température ambiante (même en hiver dans une maison pas super-chauffée...). Bref, no stress, ces huiles-là resteront liquides, vous avez tout votre temps.
On prépare alors les ajouts pour la trace : dans mon cas, c'était karité et calendula. Mais il peut y avoir des huiles essentielles, des colorants, ou une huile précieuse que l'on veut préserver de la saponification.
C'est peut-être le moment de dire deux mots sur la trace. La trace est le moment de la préparation du savon, où la pâte commence à épaissir, ce qui fait que si on retire un peu de préparation pour la refaire tomber, une trace apparaît à la surface... A ce moment là, la pâte a une texture évoquant la crème Mont-Blanc. C'est le signe que la soude a saponifié une grande partie des huiles, ce qui veut dire que la pâte est prête à être coulée dans les moules. C'est à ce moment, qu'on inclura les ajouts fragiles : ingrédients spéciaux (miel, gel d'aloe...), les colorants, les huiles essentielles, ou certaines huiles précieuses que l'on veut retrouver le plus intactes possibles dans le savon fini. Mais il faut aller vite, car à partir de ce moment, le savon commence à durcir... il faut le mettre en moule avant qu'il ne soit trop dur.
Revenons à notre préparation : nous avons notre solution de soude dans un coin, nos huiles dans un autre coin, qui refroidissent tous deux. Nous avons nos ajouts en prévision de la trace tous prêts. Il faut à présent huiler les moules, s'ils sont en plastique ou en silicone. Attention ! Il ne faut pas qu'il y ait de "flaque" dans le fond (pour un but esthétique, ça pourrait modifier localement la couleur du savon) il faut juste bien graisser tous les reliefs qui seront en contact avec la préparation, pour faciliter le démoulage. Si on a opté pour un moule en bois, c'est à ce moment qu'on le chemise,avec du papier sulfurisé par exemple (je vous laisse fouiller sur le site de KaFée, elle a fait un formidable tuto pour faire de l'origami avec son papier sulfurisé, de telle sorte qu'il y ait le moins d'irrégularités possibles, pour avoir un savon tout lisse).
Une fois que tout est prêt et que nos deux préparations avoisinent la température ambiante, c'est parti !
Je ne saurais que trop vous conseiller de vous arranger pour être pénard à ce moment... Que la table soit entièrement débarassée, avec huile, soude, trace et moules à portée, d'avoir tout ce qu'il vous faut sous la main (sopalin, spatule...) et d'éviter qu'à ce moment-là votre frère/fils/chéri ne vienne se servir un café, déplacer ce dont vous avez besoin ou vous déconcentrer par quelque moyen que ce soit...
Donc vous avez besoin d'un récipient de volume supérieur à la somme des volumes de vos huiles et de votre soude, de manière à mixer à l'aise, donc si possible de forme à peu près cylindrique (les saladiers évasés sont moins pratiques). Donc une fois que vous avez trouvé ce merveilleux récipient, vous y versez d'abord vos huiles, puis votre soude, doucement, mais en une seule fois, et vous commencez à mixer (un mix'soup est parfait).La trace arrive habituellement entre 1 et 5 minutes, en fonction du choix de vos huiles et de la quantité d'eau. Dès que vous la distinguez, vous pouvez ajoutez votre trace, remixez, puis versez en moules. Ayé ! C'est fait ! :D
Attention, à ce moment-là, la saponification n'est pas terminée, ce qui fait que votre savon est encore caustique. Vous éviterez donc de le toucher, et garderez vos gants pour faire la vaisselle.
Vous pouvez couvrir vos moules de film plastique, cela évite la formation d'un dépot blanc sur le dessus.
Si vous voulez "intensifier" la saponification, il est conseillé d'utiliser un seul grand moule (genre moule à cake), de le filmer ou le refermer, le protéger d'un sac plastique, puis l'enrouler dans une couverture bien chaude. En effet, la saponification dégage de la chaleur et est accélérée par la chaleur. Donc en l'isolant de la sorte, vous lui permettez de profiter au maximum de la chaleur qu'il dégage, et ainsi d'accélérer le processus. Cette quantité de chaleur peut amener le savon à refondre, c'est ce qu'on appelle "la phase de gel" (car le savon a alors une texture de gel). Si le gel ne se fait qu'au cœur du savon, apparaîtra alors au moment de la coupe une trace circulaire caractéristique du gel. Certaines savonnières adorent, d'autres évitent. C'est à chacune de choisir.
Au bout de 12 à 48h selon les savonnières traditionnelles, mais 3 à 6h selon certaines folles furieuses, votre savon a dû durcir suffisamment pour que vous puissiez le démouler, et le couper si vous avez choisi un seul grand moule. Pour couper, j'utilise un "couteau à enduire", bien large, acheté au magasin de bricolage du coin, que je me suis offert le luxe de choisir en inox s'il-vous-plaît !
Mais mes premiers savons étaient dans des moules individuels...
Voici donc la photo en exclusivité pour celles qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout !(oui je sais, elle n'est pas très bien cadrée... je vous zutte ! ;P )
Une fois que vous avez ces jolis savons, le plus dur reste à faire : les oublier dans un coin pour une "cure" de 3 à 4 semaines minimum. Ce temps leur permet de terminer leur saponification (au cours de laquelle le pH va certainement diminuer) et de durcir un peu, de manière à ce qu'ils "fondent" moins vite à l'utilisation.
Au bout de 4 semaines, le pH que j'ai mesuré pour ces savons (avec une bandelette à pH) était de 8.
Je viens de recevoir le verdict de la jeune maman : elle aime beaucoup ! L'odeur est agréable (principalement due à l'huile de sésame), il mousse bien, et il lave bien, permettant même d'enlever l'oxyplastine tout en douceur...
