Trésors de Lutine

Quelques trouvailles, tambouilles et autres émerveillements d'une petite lutine.

02 février 2009

Le Savon de l'elfe (mon premier savon)

Bonjour les filles !

Alors ça y est, je peux le crier au grand jour : je fais des savons ! je fais des savons !
... et j'en suis ravie...

Donc voici l'histoire de mon tout premier savon. Un couple d'amis, dont la femme était enceinte, m'a demandé si j'accepterais d'être la marraine du petit être à venir. Après avoir moultement débattu avec ma conscience (et redemandé à mes amis ce qu'ils attendent d'une marraine) j'ai accepté. Je me suis donc préparée tout doucement à faire un panier naissance...

Je commence donc à faire des recherches pour un gel lavant, je vais voir les tensioactifs d'AZ et le plus doux qu'ils proposent est la "Base Consistance" "idéal pour les peaux sensibles et les bébés" dont le pH peut aller de 11,5 à 12,5 ! (Depuis ils ont ajouté qu'il faut ajouter de l'acide citrique pour équilibrer le pH... mais les recettes d'il y a quelques mois n'en contenaient pas).
NB pour celles qui ne sont pas familiarisées avec le pH : En phase aqueuse, le pH peut aller de 1 à 14 ; 1 étant un acide pur, et 14 une base pure. 12 est donc extrêmement basique... De plus pour faire baisser (ou augmenter dans les cas d'un acide) le pH de 1, il faut diluer 10 fois... donc les recettes préconisant 30 % de ce truc, le pH reste supérieur à 11, ce qui est beaucoup trop pour les peaux sensibles...

Effrayée, je me tourne donc vers les Céphées, qui me répondent quasi-unanimement : il n'y a rien de plus doux qu'un savon surgras fait maison. A cet instant, il n'y a plus de doute possible : il faut que je fasse du savon, et vite ! parce qu'en comptant 4 semaine de cure et vu le bidon de mon amie, il y a véritablement urgence... Mais pas de panique ! il y a des gens vraiment merveilleux sur les Céphées, dont Hind, qui m'a offert dans la demi-journée sa recette de savon pour nouveaux-nés... La voici, très légèrement modifiée :

150 g d'huile de coco
100 g de beurre de karité (dont 20g que j'escompte pour ne les ajouter qu'à la trace)
100 g d'huile de palme
75 g d'huile de sésame
75 g de macérât de calendula sur huile de tournesol (dont 20g que j'escompte pour ne les ajouter qu'à la trace)
120 g d'infusion de mélisse corsée
soude à recalculer avec un escompte de 10%.

Comme c'est mon premier savon, je vais tout bien expliquer.

Tout d'abord, il faut réfléchir à son équipement. En effet, la soude fait de très jolis savons, mais elle peut également faire de très jolies brûlures. Donc il ne faut jamais jamais jamais que la peau soit mise en contact avec la solution de soude (si cela devait arriver, se jeter immédiatement sous un robinet d'eau froide et y rester jusqu'à ce que la sensation de brûlure disparaisse).

Petit détail : la soude est "active" en présence d'eau. Donc si jamais un grain de soude vous tombait dessus, l'essuyer tranquillement avec un mouchoir ou un sopalin (que vous aurez sous la main).  Ne pas allez le laver directement, vous risqueriez de vous brûler... donc d'abord vous l'enlevez à sec, puis vous allez vous laver à grande eau.

Donc l'équipement. Je vous conseille, pour l'info et pour le fun, d'aller voir absolument le formidable tuto de KaFée à ce sujet  (vous pourrez en profiter pour fouiller son blog de fond en comble, parce qu'il a vraiment tout pour lui... Il est beau, les photos sont magnifiques, KaFée explique des tonnes de trucs, donne des tonnes d'idées, et en plus elle est très sympa...)
Je pense que là il y a choix vraiment responsable à faire : comment vous vous équipez. Je sais que certaines font ça en débardeur-short-tongs (bisous tous particuliers à Hind !) mais si des débutantes me lisent, je tiens à vous mettre en garde et à préciser que c'est un choix qui comporte des risques... on n'est pas toujours à l'abri d'une éclaboussure...
Personnellement, j'ai opté pour des lunettes (il y en a des super-transparentes, bien ergonomiques et que l'on oublie tellement elles ne gênent pas, chez AZ) et des gants. Pas de blouse, pas de chemise manches longues (parce que sinon mes manches ont tendance à tremper partout, ça m'énerve...).

Autre détail : la soude corrode les métaux oxydables : fer, zinc, aluminium, etc... (ce qui inclut le téfal).
Il faut donc choisir du matériel en verre, en plastique, en inox, en silicone ou à la rigueur en bois (mais celui-ci risque de s'abimer).

Une fois ce problème réglé, on peut passer au savon lui-même. Pour commencer, il faut se familiariser avec les calculateurs, comme TheSage ou Soapcalc, qui vont calculer ( ! ) les quantités d'eau et de soude nécessaires à votre savon, en fonction du choix et de la quantité des huiles.

Personnellementj'aime bien Soapcalc, car il donne un tableau des différentes propriétés qu'aura le savon, huile par huile, puis pour le mélange choisi.
Par contre, pour utiliser Soapcalc, il faut juste savoir que la solution doit représenter entre 25 et 35% de la masse des huiles. Avec 25% on aura un savon plus dur, mais plus basique, avec 35% on aura un savon plus mou (qui devra "curer" plus longtemps), mais qui sera plus doux. Utiliser le maximum de solution possible est recommandé pour les marbrages, mais on verra ça plus tard... Pour commencer, un pourcentage intermédiaire (30%) est idéal.

Attention ! cette quantité de solution doit représenter la totalité de la "phase aqueuse" du savon ! C'est à dire que si vous voulez ajouter à la trace du lait, une purée de fruits ou tout autre chose contenant de l'eau, il faut l'escompter à la quantité de liquide que vous utilisez pour dissoudre la soude...
Exemple simple : une préparation de savon avec 1 kg d'huiles. On choisit 30% de solution, soit 300g d'eau.
Je veux ajouter 100 g de lait à la trace, je les escompte donc à mon liquide de dissolution. 300 - 100 = 200. Je dissous donc ma soude dans 200 mL d'eau seulement.

Re-attention ! En ce qui concerne l'eau, on a le droit de dire 1g = 1 mL, d'avoir la flemme de peser, et d'utiliser une éprouvette. Mais tous les autres liquides, et particulièrement les huiles, doivent être obligatoirement pesés !!! C'est très important pour que la recette soit respectée et s'assurer que le savon soit équilibré !
Autant il est possible de travailler en volumes d'huiles quand on fait des crèmes, autant on doit impérativement travailler en masses quand on fait des savons .

Bon, c'est maintenant que les choses sérieuses commencent. On va donc démarrer en pesant notre eau, puis notre soude. On verse alors la soude dans l'eau toujours dans cet ordre-là et jamais à l'envers ! Comme ça, si jamais, il y avait une éclaboussure, le liquide serait plus dilué et moins nocif. Je trouve que l'erlenmeyer est top pour ça : je verse mon eau dans mon erlenmeyer, puis ma soude, je l'attrape par le bec et je remue (ou alors je touille avec une baguette en porcelaine). Il n'y a presque aucune chance de recevoir une éclaboussure et la surface de diffusion étant minime, il y a très peu de vapeurs de soude dégagées.
Si vous versez un peu doucement, ou que vous attendez un peu avant de remuer, il est possible qu'une "galette" se solidifie dans le fond de votre solution... Ce n'est pas grave, vous pouvez la casser avec la baguette, ou attendre qu'elle se dissolve toute seule.
Vous remarquerez aussi que cette solution toute simple de deux ingrédients à température ambiante chauffe très fort (elle avoisine les 90°C ) donc vous pouvez prévoir un petit dessous de plat pour poser votre solution. Puis vous la mettez dans un coin où elle ne risquera pas d'être renversée, et elle pourra refroidir tout doucement... Si vous, ou un membre de votre maisonnée, êtes sensibles aux vapeurs de soude, vous pouvez la placer sous la fenêtre entrouverte.

Ensuite on pèse les beurres et les huiles solides (karité, palme et coco en ce qui me concerne) et on les réchauffe doucement au bain-marie. Une fois fondus, on ajoute les huiles fluides et on mélange pour bien homogénéiser et on laisse également reposer pour qu'ils refroidissent...

Si un expert en thermodynamique passe par là, il pourra peut-être m'expliquer pourquoi des huiles fondant à basse température (25°C pour la coco, 40°C pour le karité) mettent des heures et des heures avant de refiger à température ambiante (même en hiver dans une maison pas super-chauffée...). Bref, no stress, ces huiles-là resteront liquides, vous avez tout votre temps.

On prépare alors les ajouts pour la trace : dans mon cas, c'était karité et calendula. Mais il peut y avoir des huiles essentielles, des colorants, ou une huile précieuse que l'on veut préserver de la saponification.

C'est peut-être le moment de dire deux mots sur la trace. La trace est le moment de la préparation du savon, où la pâte commence à épaissir, ce qui fait que si on retire un peu de préparation pour la refaire tomber, une trace apparaît à la surface... A ce moment là, la pâte a une texture évoquant la crème Mont-Blanc. C'est le signe que la soude a saponifié une grande partie des huiles, ce qui veut dire que la pâte est prête à être coulée dans les moules. C'est à ce moment, qu'on inclura les ajouts fragiles : ingrédients spéciaux (miel, gel d'aloe...), les colorants, les huiles essentielles, ou certaines huiles précieuses que l'on veut retrouver le plus intactes possibles dans le savon fini. Mais il faut aller vite, car à partir de ce moment, le savon commence à durcir... il faut le mettre en moule avant qu'il ne soit trop dur.

Revenons à notre préparation : nous avons notre solution de soude dans un coin, nos huiles dans un autre coin, qui refroidissent tous deux. Nous avons nos ajouts en prévision de la trace tous prêts. Il faut à présent huiler les moules, s'ils sont en plastique ou en silicone. Attention ! Il ne faut pas qu'il y ait de "flaque" dans le fond (pour un but esthétique, ça pourrait modifier localement la couleur du savon) il faut juste bien graisser tous les reliefs qui seront en contact avec la préparation, pour faciliter le démoulage. Si on a opté pour un moule en bois, c'est à ce moment qu'on le chemise,avec du papier sulfurisé par exemple (je vous laisse fouiller sur le site de KaFée, elle a fait un formidable tuto pour faire de l'origami avec son papier sulfurisé, de telle sorte qu'il y ait le moins d'irrégularités possibles, pour avoir un savon tout lisse).

Une fois que tout est prêt et que nos deux préparations avoisinent la température ambiante, c'est parti !
Je ne saurais que trop vous conseiller de vous arranger pour être pénard à ce moment... Que la table soit entièrement débarassée, avec huile, soude, trace et moules à portée, d'avoir tout ce qu'il vous faut sous la main (sopalin, spatule...) et d'éviter qu'à ce moment-là votre frère/fils/chéri ne vienne se servir un café, déplacer ce dont vous avez besoin ou vous déconcentrer par quelque moyen que ce soit...

Donc vous avez besoin d'un récipient de volume supérieur à la somme des volumes de vos huiles et de votre soude, de manière à mixer à l'aise, donc si possible de forme à peu près cylindrique (les saladiers évasés sont moins pratiques). Donc une fois que vous avez trouvé ce merveilleux récipient, vous y versez d'abord vos huiles, puis votre soude, doucement, mais en une seule fois, et vous commencez à mixer (un mix'soup est parfait).La trace arrive habituellement entre 1 et 5 minutes, en fonction du choix de vos huiles et de la quantité d'eau. Dès que vous la distinguez, vous pouvez ajoutez votre trace, remixez, puis versez en moules. Ayé ! C'est fait ! :D

Attention, à ce moment-là, la saponification n'est pas terminée, ce qui fait que votre savon est encore caustique. Vous éviterez donc de le toucher, et garderez vos gants pour faire la vaisselle.

Vous pouvez couvrir vos moules de film plastique, cela évite la formation d'un dépot blanc sur le dessus.

Si vous voulez "intensifier" la saponification, il est conseillé d'utiliser un seul grand moule (genre moule à cake), de le filmer ou le refermer, le protéger d'un sac plastique, puis l'enrouler dans une couverture bien chaude. En effet, la saponification dégage de la chaleur et est accélérée par la chaleur. Donc en l'isolant de la sorte, vous lui permettez de profiter au maximum de la chaleur qu'il dégage, et ainsi d'accélérer le processus. Cette quantité de chaleur peut amener le savon à refondre, c'est ce qu'on appelle "la phase de gel" (car le savon a alors une texture de gel). Si le gel ne se fait qu'au cœur du savon, apparaîtra alors au moment de la coupe une trace circulaire caractéristique du gel. Certaines savonnières adorent, d'autres évitent. C'est à chacune de choisir.

Au bout de 12 à 48h selon les savonnières traditionnelles, mais 3 à 6h selon certaines folles furieuses, votre savon a dû durcir suffisamment pour que vous puissiez le démouler, et le couper si vous avez choisi un seul grand moule. Pour couper, j'utilise un "couteau à enduire", bien large, acheté au magasin de bricolage du coin, que je me suis offert le luxe de choisir en inox s'il-vous-plaît !Savon_elfe

Mais mes premiers savons étaient dans des moules individuels...
Voici donc la photo en exclusivité pour celles qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout !(oui je sais, elle n'est pas très bien cadrée... je vous zutte ! ;P )

Une fois que vous avez ces jolis savons, le plus dur reste à faire : les oublier dans un coin pour une "cure" de 3 à 4 semaines minimum. Ce temps leur permet de terminer leur saponification (au cours de laquelle le pH va certainement diminuer) et de durcir un peu, de manière à ce qu'ils "fondent" moins vite à l'utilisation.

Au bout de 4 semaines, le pH que j'ai mesuré pour ces savons (avec une bandelette à pH) était de 8.

Je viens de recevoir le verdict de la jeune maman : elle aime beaucoup ! L'odeur est agréable (principalement due à l'huile de sésame), il mousse bien, et il lave bien, permettant même d'enlever l'oxyplastine tout en douceur...

Posté par profiteresse à 11:35 - Savons - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

    BRAVO

    tu as fait de beaux savons bravo je suis ravie de voir que le monde du savon à une savonnière de plus
    eh bien maintenant que tu as mis un pied dedans cela va être difficile de t'arrêter hihi

    Posté par wistiti, 02 février 2009 à 23:42
  • Eh bien tu vois que ce n'était pas sorcier ;D

    Crudité

    Posté par Crudité, 03 février 2009 à 15:18
  • woaow magnifiques tes savons... un vrai régal... moi j'adore celui que tu m'as fait...je sors mes dents si quelqu'un s'en approche...lol.. ben koi c'est le miennnn...

    gros bisous

    Posté par lucy, 03 février 2009 à 20:15
  • Félicitations !!!

    Je m'y suis toujours pas mise sauf la refonte... Et je pense pas être prête d'en faire avec les petits dans les jambes lol
    En tout même mal cadré il est très joli ton savon de l'elfe.
    Bises elfiques

    Posté par Anissina, 03 février 2009 à 21:43
  • Merci pour les compliment Profy, c'est très gentil.
    Ton savon est très beau, j'adore le moule, quand à tes explications elles sont parfaites ^ ^
    Bises

    Posté par ka fée, 05 février 2009 à 18:15
  • Super !!!! Maintenant tu pourras plus t'en passer LOL

    Posté par magicgigi, 07 février 2009 à 11:44
  • Bravo

    Bravo, bravo, c'est géniel, féliciations ! une petite question tou de même, pas trop accro ????

    Posté par Schrimp, 16 février 2009 à 10:52
  • Merci beaucoup les filles !

    Pour répondre à Magic Gigi et à Schrimp, si... je suis foutue, je suis addict !
    D'autres savons prochainement, du coup !

    Posté par profiteresse, 16 février 2009 à 12:30
  • rhooo génial maintenant on va admirer régulièrement tes savons !

    Posté par mellecaro, 16 février 2009 à 20:22
  • MBT Men Shoes

    your blog is very nice!

    Posté par mbt shoes, 18 juillet 2010 à 02:55

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